Les choses sont bien faites… Nous avons quitté l’état de Rio pour cause de mauvais temps en décembre ( cf l’actualité sur les pluies diluviennes et glissement de terrain vers Ilha Grande !) sans pouvoir concrétiser notre projet de passer dans une communauté du Daime ( « donne moi » en français, nom de la Madre ici) et nous avons rencontré ici à Capao un cercle de personnes qui pratiquent régulièrement, pat le biais de Gersan, un Brésilien d’une cinquantaine d’année qui parle Français (il a vécu en Suisse).

Il nous a aidé à nous organiser pour la journée, à savoir faire garder Loulou; et oui, ils font ici les cérémonies en plein jour !
Nous voici donc parti de bons matin, dans la voiture de Julio un restaurateur voisin, pour un lieu éloigné du centre village, en pleine nature. Nous retrouvons une vingtaine de personnes, hommes et femmes confondues, pour la majorité brésilienne (juste une italienne, un italien et nous deux comme étrangers ! (et peut être d‘autres, mais ca ne se voyait pas..)), et toutes de blanc vêtues.  Je n’ai pas encore demandé la symbolique de cette « couleur » pour eux, cela m’intrigue un peu.
Des nattes sont posées en cercle à même le sol, cercle qui incluse un arbre fantastique aux troncs multiples, et dont les branches s’étirent autour pour nous assurer son ombre et sa protection. Beaucoup de papillons dans le feuillage…
Un autel est dressé au pied de cet arbre, une petite table avec une bougie, une photo, deux bouteilles pleine de Daime (Gasp !), et encore un cadre avec une photo dans les branches; on y voit un visage, une bougie et encore une bouteille du précieux breuvage.
Pas vraiment de maître de cérémonie, cela m’étonne : les plus « anciens » préparent les lieux, donnent des informations aux nouveaux, mais on voit qu’ici tout est une affaire de groupe.  Des carnets de chants sont distribués, avec des paroles en portugais évidemment, deux hommes s’installent au pied de l’arbre avec une guitare, un autre avec une congas(percu brésilienne).
D’abord une prière dite en collectif, qui dure et qui dure (des séries d‘avé maria (10 chaque fois) puis un notre père, et encore 10 avé maria…)… reviennent les noms de Marie, Jésus Christ, Joseph… Bon, j’ai l’impression d’être dans une église en plein air !
Puis les chants commencent, sous l’impulsion de telle ou telle personne, suivant leur connaissance et mémoire de ceux-ci; l’ordre est clairement établi, ma voisine a une liste précise avec des numéros pour ne pas se tromper !! Cela aussi ne manque pas de m’étonner…
Tout le monde chante ou presque, avec beaucoup de cœur et de force; moi, je me sens décalée à vrai dire; même avec le carnet que me tend gentiment ma voisine afin que je l’ai sous les yeux, je n’arrive pas à prononcer un mot ou participer à cette sorte d’allégresse; en fait, j’ai l’impression d’être comme en colonie de vacances chez les scouts !!! (désolée les brésiliens si vous me lisez…)
Les paroles parlent d’amour, de cœur, de joie, et toujours de la Vierge Marie, Jésus Christ, notre Dieu, mais aussi des forces de la nature (vent, terre, eau, ciel, feuilles, lumière…) Les airs sont variés et plutôt plaisants, mais trop omniprésents pour ma part et mon ressenti; pas ou peu de silence entre chaque, ils s’enchaînent sans discontinuer pendant plus de trois heures, même lorsque nous prenons par deux fois un verre de liqueur sacrée (ps: une femme enceinte participe et prend la Madre 2 ou 3 fois ; c’est tout naturel ici, on ne se pose pas la question de savoir si c’est bien ou mal, c’est forcément bon !)
(La madre est proposée 4 - 5 fois, voire plus)
Enfin une pause vers le milieu de la journée… On peut se détendre, s’allonger… Je ne me sens pas trop dans le coup à ce moment; bousculée et gênée par ce rituel si différent de ceux des indiens shuar ou shipibo; je demande à xavier de partager une pipe et du tabac, alors que je suis assise au pied d’un arbre. Je n’ai pris alors qu’une seule fois du Santo Daime, je ne me« sentais » pas ok pour la deuxième; ou trop frileuse ?
On commence alors la deuxième partie de la cérémonie, en fait la suite et le même déroulement que le matin; chants et chants, prises de Médecine sacrée. Là, je me sens partir, ivre de la médecine, et je m’éloigne du groupe pour me coucher sur le sol; cela est permis de le faire, mais on vient régulièrement me voir et me faire comprendre que le travail se fait en groupe, et que dès que je le peux et veux, il est intéressant que je regagne le cercle. En fait, je me sens mieux seule avec la médecine pour la vivre en conscience et présence; les chants et la présence des autres me gênent à ce moment.
Je me vois voler dans un espace clair, un ciel lumineux éclairé par un soleil énorme et brillant; des pans de murs percés de portes ouvertes arrivent sur moi et me cachent la vue de cet astre que je veux rejoindre; je passe les portes une à une, sans relâche, avec l’espoir d’atteindre une portion de ciel sans obstacles…
Je me rapproche du cercle en fin d’après midi, mais je reste à la périphérie, en écoute de mon corps, de mes sensations, des chants…
Enfin, on nous fais signe de rejoindre le groupe, Xavier, moi et quelques autres pour la « clôture »; chants rythmés de pas de danse, prières, et remerciements qui s’éternisent ! LOL !
Les Brésiliens ont le cœur sur la main et sur les lèvres; ils parlent avec volubilité et sincérité, et même si je ne comprends pas toutes leurs paroles, leurs mots viennent droit au cœur, leur sourire, leurs chants de remerciement et leurs larmes aussi. Leurs accolades de même.
Mais c’est qu’on commence à avoir vraiment faim et je m’inquiète un peu pour Loulou alors que le jour tombe rapidement ! (on pensait rentrer plus tôt !)
Notre chauffeur du matin est injoignable, il continue de chanter et chanter avec les guitaristes ! Je ne veux pas le déranger, et on prend donc la décision de rentrer à pied, en espérant avoir une voiture qui nous prenne en auto stop.
Est-ce mon stress qui grandit avec la nuit qui tombe et les premières étoiles qui s’allument, le fait que nous soyons à près de 5-6 km de la maison, de savoir que Loulou nous attend, qu’on ne peut contacter sa nounou…? Les voitures, peu nombreuses, passent et ne s’arrêtent pas, malgré nos signes de bras … On file donc en tongs dans la nuit sur une route de terre peu régulière, sans voir ou on pose nos pieds; quand je trouve enfin un café pour demander une moto taxi, une voiture s’arrête et nous amène au village… Loulou est tranquille avec Aneth sa Nounou, bien que fatigué; nous aussi; On se couche vite.
Le lendemain matin, alors que l’on est devant notre maison à étendre le linge, un jeune homme arrive et nous aborde directement en nous questionnant et nous parlant du Daime ! Il sait (comment ? Bon, ici, le téléphone arabe fonctionne très bien !) que l’on a participé à une cérémonie, nous parle de son expérience, et nous propose de fumer du  DMT, un mélange de plante qui donne un effet de voyage comme la Daime, mais beaucoup plus court (de 5 à 10 mins) …bon, à voir !
Gersan m’a dit aussi la veille, à la fin de la cérémonie, qu’il organiserait chez lui une autre rencontre avec la plante, un peu différente… Il l’a pratiquée aussi avec les indiens Chakinawa du brésil, et a donc une autre vision…