Nous voici donc, bon gré mal gré, revenu à la pousada Luar de praia (clair de lune sur la plage ! Quelle poésie !), dans cette petite rue Thomaz Lopes, à quelques pas du bord de mer.

L'hôtel est régenté par Rosi et Luiz, deux brésiliens originaires du Minas Gerais qui habitent ici depuis deux ans, avec leur fils Luca de 7 ans. « parce qu'il fait meilleur vivre à Fortaleza ! » m'expliquent-ils.

Mais surtout plus chaud ! Le Minas Gerais est plus haut en altitude et à l'intérieur des terres, donc bénéficie de températures plus douces (mais guère moins de 20°c ! en journée !). Moi, je n'aurais jamais changé pour Fortaleza !! Surtout qu'ils ont des cachoeiras à profusion pour se rafraichir...

Mais bon, chacun sa vie. A l'hotel, qui se compose de quelques chambres au rez de chaussée et quelques autres à l'étages, mieux éclairées, on cohabite avec toute une smala, la famille de Luis et Rosie venue leur rendre visite.

Il y a la belle-mère de Rosi, Marie-jo dite Lia, celle qui l'a élevée depuis toute petite, qui est un peu la grand mère de tout le monde. De Loulou aussi tant qu'à faire. Si elle peut lui glisser des meringues ou autres biscuits dans les mains...Elle parle très fort, on ne la comprend pas bien, elle non plus ! Mais c'est pas grave, on se marre ! Elle me sert dans ses bras, en profite pour frotter sa main derrière mon cou pour me chipper un peu de mon parfum au patchouli « made in chapada diamantina ». Elle l'adore !

Il y a sa fille, Bernadette, donc demi soeur de Rosi. Une jeune femme bien ronde et fausse blonde, joviale, le coeur sur la main, un peu simplette mis adorable. On a aussi beaucoup de mal à se comprendre. Bernadette adore les fringues. Enfin, les fringues brésiliennes... J'ai craqué hier soir au marché nocturne, tant elle passait du temps aux multiples stands pour négocier ici un short, là un tee shirt, et encore un maillot (un de plus...).

J'ai fini par rentrer, fatiguée, avec Héléna, la tante de Luiz. Héléna est une petite bonne femme adorable et souriante, gracieuse et très piplette, qui parle quelques mots de français qu'elle apprend depuis un mois. Elle est maintenant à la retraite, elle donnait des cours aux analphabètes (50 % au brésil, oui oui). On a échangé nos adresses mails, elle aimerait continuer à échanger pour parler français... Elle aime aussi chanter, très faux mais le coeur y est !, avec la guitare du voisin chauffeur de taxi (celui qui nous a amené pour notre faux départ à l'aéroport de Fortaleza) quand il vient la gratter ici le soir, devant le perron. Elle me rappelle aussi tous les soirs de manger quelque chose, et ne comprend pas que la chaleur me coupe l'appétit.

Sandra aussi aime chanter et danser, là, dans la rue, à 20h, quant tout le monde sort avec sa chaise pour se mettre dehors et profiter de la relative fraicheur (26°c). Elle est très gaie et enjouée, arrangeante aussi; elle est la seule à avoir la peau noire. Elle à la côte avec Loulou qu'elle prend dans ses bras pour le promener dans la rue. Elle est la femme de Géraldo, le frère de Luis, handicapé hémiplégique semble-t-il. Il ne peut plus parler, il grogne. Il peut marcher sans aide mais difficilement, et passe donc ses journées dans le canapé devant la télé ou sur une chaise dans la rue. Quand il voit Loulou, il lève le pouce et grimace un sourire. Loulou va parfois lui faire des caresses sur la main, mais lui pique aussi sa télécommande de télé!

Rosi et Luiz prennent le relai à tour de rôle en cuisine pour mitonner des plats maisons que l'on déguste à midi. Viandes, crevettes, poissons, riz, haricots, patates, pâtes.... très variés et copieux. Luiz nous a promené avec sa famille dans le centre ville vendredi dernier, et nous a fait découvrir et profiter de ses contacts pour dénicher des plantes et huiles médicinales. Luiz adore le foot, et fumer devant la télé. Moi, je n'aime pas du tout !

Sa femme est très ronde aussi, et souvent préoccupée; elle ne sourit pas facilement, semble triste, elle avait les yeux très rouges hier. Xavier dit qu'elle a pleuré le soir... Je n'en sais pas plus.

Luca, leur fils, est très lunatique. Parfois hautain, surtout avec loulou qu'il feint d'ignorer le matin au petit dej (pfff... plus de mon âge !), qu'il repousse de sa chambre quand il ne lui claque pas carrément la porte au nez, et parfois bon joueur, à courir avec lui dans les couloirs ou se cacher derrière les murs. Luca vit à la brésilienne: il se couche très tard le soir, vers minuit, après avoir passé son temps dans le canapé devant la tété ou bien devant l'ordinateur. Il se lève vers 9h, la mine froissé et le cheveu en bataille, taciturne. Il se pose de nouveau dans le canapé et attend que sa mère lui apporte son grand verre de lait au cacao. Ni bonjour, ni merci ! Il ne va à l'école que l'après midi, et encore, quand il y va... Sa mère m'explique qu'ici, les enfants ont classe 4h30 par jour, matin ou après midi.

La vie dns cet hôtel famillial est rythmée par les cris du matin (qu'ils sont bruyants ces brésiliens ! Oui, je me répète !), la sonnette de vélo du livreur d'eau,de gaz ou de glaces, le camion de fruits qui fait son annonce au haut parleur, la pluie qui tombe par intermittence, la musique de la battuc du bout de la rue ou celle des boites dancing un peu plus loin, entre 2h et 5h du mat.

Et le bruit des verres de bière qui trinquent beaucoup, il faut le dire, en fin de journée sur le perron devant l'hôtel. C'est ça aussi le brésil !

 

 

Voilà qu'après 5 mois passés au Brésil, nous étions enfin contents de prendre le chemin du retour . Tout roule, on arrive à Fortaleza après notre derniers mois passé à Morro Branco, on choisit une petite pension de famille pour une nuit, on va faire nos dernières courses et cadeaux au marché central... Nous voilà bien chargés, une quarantaine de kg de bagages maintenant !

Et puis, Luis, le propriétaire de la pousada nous demande si on est au courant pour notre vol de retour, si c'est toujours valable vu que beaucoup d'aéroports européens sont fermés. Là, on hallucine, on n'a pas entendu parler de l'éruption en Islande !(aucun amis de france ne nous a informé par mail, bien que notre retour soit programmé et qu'une amie soit passée nous voir au brésil quelques jours avant... Elle est rentrée mardi, juste à temps !) On va sur internet, les infos brésiliennes sont peu intéressantes à ce sujet... Et on découvre ce qu'il en est de la situation en Europe !
Lyon, où nous sommes censés atterrir n'est pas dans la liste des aéroports fermés, ce vendredi matin là (enfin, c'est déjà presque l'après midi en France). Et Lisbonne (nous passons par la TAP) semble à l'écart de l'agitation. Ouf !
Avant de partir à l'aéroport, le soir à 19h ici (+ 5 h en France) nous vérifions la situation de l'aéroport de Lyon, d'autant plus qu'on apprend par nos parents que des amis qui avaient un vol Lyon/Nantes ont été refoulés un peu plus tôt!
Là, sur le site, ils annoncent la fermeture de l'aéroport, mais notre vol est dans la liste des maintenus (lisboa/Lyon). Cool, nous prenons notre taxi et débarquons à l'aéroport de fortaleza tranquilles, avec 4h d'avance... Loulou a du mal à s'endormir, malgré sa poussette inclinable, et quand nous allons enregistrer notre monstrueux tas de bagages à 22h locales, il ne dort toujours pas, bien que fatigué. Il court partout...Là, un employé de tap nous aborde et demande notre destination." Ok, Lyon est maintenu !" Cool, nous voilà dans les starting blocs pour l'enregistrement... Puis il revient 5 mn plus tard: "désolé, ça vient de tomber, on ne peut assurer votre vol Lisboa/Lyon ! Il vaut mieux que vous restez au brésil encore deux jours!"
A ce moment, xav n'est plus très cool: « et qui va nous payer des nuits supplémentaires ? et les frais annexes ? La compagnie ?? » Non, catastrophe naturelle... On est un peu sidéré, et on reste quelques instants comme ça, sans savoir quoi décider, bien qu'on nous indique le comptoir de la TAP pour les formalités... On finit par s'y rendre, car tous les européens refoulés viennent s'y entasser.
Et seulement une employée au bureau, qui met environ 50 mn par personne ou groupe de personnes pour proposer un autre vol...Viva Brasil !
Derrière nous, des belges, on discute un peu... Le père travaille à Fortaleza, sa fille devait rentrer en Belgique... Loulou s'agite encore, on doit le distraire alors qu'on en a déjà par dessus la tête. Une heure d'attente, à 23h locale on est devant l'employée fade et lente, qui n'arrive pas à lire les infos sur son écran. " Pas de retour avant Mercredi 22 !!" Gloups. On est vendredi soir... On n'a plus de budget vacances, on n'a plus de maison en France (toutes nos affaires dispersées chez des amis), on doit retrouver une nounou pour Loulou d'ici début Mai, quand je reprends le boulot...
Mais pas le choix...C'est clair. Résignés. Loulou a fini par s'écrouler dans sa poussette. Dommage, on va devoir reprendre un taxi (encore des frais sup, et tarifs de nuit en plus !) On retourne donc à la pousada où nous étions, à Iracéma... Loulou dort sur moi dans le taxi, et on a xav et moi la tête dans un nuage de cendres grises.
Bon, il y a carrément pire pour être coincés que Fortaleza... On pourrait être à ... Oslo? à Moscou? à Washington? Ce qui est con, c'est que j'ai jeté mon maillot de bain local (que j'avais pourtant eu tellement de mal à trouver !!voir mon post sur notre site dans BONUS) car il se décousait un peu et que je ne pensais vraiment pas l'utiliser en France ! Faut bien en rire un peu... Et pis, il y a tous ces passagers qui campent dans les aéroports Européens...
Et voilà comment un petit pet de Pachamama nous rappelle gentiment notre fragilité et dépendance dans ce monde fabriqué de toute pièce par l'homme moderne...
Mais vivement qu'on rentre !!!