Je suis assise sur le sable, devant l’océan. Le jour décline. L’astre solaire joue derrière les nuages bas, comme chaque soir. Des vagues parfois aventureuses viennent me lécher les pieds, bien que j’ai pris soin de m’installer au dessus de la limite du sable mouillé. Un peu plus loin, les rouleaux s’écrasent avec une régularité étonnante, faisant la joie des gamins qui bondissent dans l’écume et des kite-surfers que je vois voltiger au dessus de l’eau. Je devine aussi les cris de joie de Loulou, blottis dans les bras de son père, affrontant chaque vague avec un plaisir évident. Des enfants s’agrippent à une barque de pêcheur comme des cow-boys de rodéo, parfois désarçonnés lorsqu'elle rue comme un cheval sauvage sous la force de l’eau tourbillonnante. Pas découragés, je vois leur tête émerger de l’océan et leur bras qui se tendent pour retenter leur partie de rigolade.

A côté, un touriste brésilien mitraille sa femme de photos, qui pose complaisamment sur sa serviette. Une jeune femme arrive et me demande si je peux surveiller ses affaires pendant sa baignade. J’observe sa gracieuse silhouette courir dans les vagues qui arrivent vers elle, puis disparaître un moment avant de vite revenir récupérer ses affaires et poursuivre sa route. Non loin, une autre jeune femme, assise sur son paréo est absorbée par la lecture de son livre; je déchiffre le nom de l’auteur: Agatha Christie; en brésilien à priori.

Dans une folle cavalcade, flirtant avec la marge de l’eau, un attelage à deux roue tiré par un cheval au galop passe devant mes yeux; le cocher promène au soleil couchant trois personnes qui crient sur leur siège, d’excitation à priori. Derrière, des adolescents s’essaient à la monte, après avoir loué des chevaux. La fille est timide, elle va et vient avec son cheval à l’arrière de la plage, en osant à peine trotter. Le garçon, trop lourd, comme beaucoup de brésiliens nourris aux sodas, chips et biscuits, veut absolument lancer sa bête au galop, un magnifique rouan tacheté. Mais son assise est vraiment mauvaise, il est posé comme un sac ! Malgré ses tentatives, l’animal refuse, alors il retourne demander un autre cheval. Un homme lui donne le sien, un autre très beau baie brun. Je souris, car je devine qu’il en sera de même. Effectivement… On ne s’improvise pas exactement cavalier, même si n’importe qui peut louer un cheval au bord de la plage pour 15 réals l’heure.

La dune de sable clair, au loin, est noire de gens : tout le monde attend le fameux coucher de soleil sur l’océan. Promesse : le ciel est zébré de rouge et orange, mais l’astre reste invisible dans son manteau de nuages aux dégradés de gris. Tant pis ! Loulou revient avec son père, heureux mais refroidi, et il vient se blottir sur mes genoux, enroulé dans sa serviette bleue. Je peux caresser de ma joue et de mes lèvres ses petits cheveux encore mouillés et salés, tandis que Xavier repart en solo jouer au dauphin. Sur ce, les premières vagues de la marée humaine descendante arrive jusqu’à moi, quittant la dune pour rejoindre le village et l’animation locale. Tous touristes, comme nous, en majorité brésiliens, de Rio, de Sao Paulo et encore plus loin au sud. Tant de visages différents, de couleurs de peaux et d’yeux, ils défilent devant et derrière moi; femmes en string ou mini short ou tunique, hommes en short de bain. J’ai le vertige. Certains s’arrêtent et m’abordent, ils veulent s’avoir d’où je viens, comment s’appelle Loulou, et parfois demande à le prendre en photo ! Lui, malicieux, distribue des baisers avec ses mains qu’il agite ensuite en leur disant « tiatiao » (chao en brésilien). Il y a des brésiliennes qui manquent de s’évanouir de bonheur. Cabotin va ! Mais il n’en reste pas là : comme résonnent les premiers appels des congas pour le rassemblement quotidien de la capoeira sur la plage, il m’échappe et dans le plus simple appareil esquisse des figures de son style sur le sable; ce qui déclenche des fous rires bien mérités ! Mais les vrais sportifs arrivent, rejoints par les autres musiciens qui jouent de cet instrument au nom imprononçable ressemblant à un arc avec une calebasse pour la résonnance et une pierre pour faire varier le son. Les chants débutent, les premiers courageux se lancent dans la « danse », d’abord tranquillement, en s’évaluant; les duos changent très vite, au milieu du cercle des spectateurs qui tapent des mains en rythme pour les accompagner. Les hommes, très souples, font des figures impressionnantes, qu’il est très difficile de décrire : des corps qui se plient, qui volent et voltigent pour les plus doués. Le rythme accélère à la fin et les meilleurs et plus rapides représentants de la capoeira terminent en apothéose sous les applaudissements.

Il fait noir, la lune se lève, le vent du large souffle et les moustiques attaquent. Il est temps pour nous trois de rentrer et nous nous dirigeons vers la rue principale, aussi ensablée que le reste du village. Une petite pause pour déguster un açai, spécialité glacée fabriquée à partir de la pulpe d’un fruit de palmier amazonien aux vertus reconnues. Et sucré au sirop de guarana, pour ne rien gâcher ! Loulou finit barbouillé, car la pulpe est de couleur marron, mais cela n’enlève rien de son charme ! Il va de toute façon directement au bain, dans les bacs de lessive à la main, pour se dessaler, se dessabler et se décrasser. Tout un programme …