Partis de Jericoacoara de très bonne heure (lever 6h, départ 8h dans un jardineiro qui nous amène au bus à Jijoca), nous prenons une correspondance à la rodoviara de Fortaleza à 15h30, pour la côte sud du Céara. Dans le deuxième bus, Loulou sympathise avec notre voisin de droite : ça tombe bien, il descend au même arrêt que nous, un parking au milieu de nulle part, et travaille dans l'unique pousada du minuscule bled (je sais pas comment on dit en brésilien !) où nous allons nous poser! On prend donc ensemble le combi (à la grande joie de Loulou qui n'en a pas encore assez !) pour Prainha do canto verde (la petite plage du coin vert).

Vert ? Même si nous arrivons peu de temps avant le coucher du soleil (qui tombe bien du côté des terres ici !), nous ne voyons de vert que la mer, à l'infini, de l'émeraude au vert amande, et aussi les quelques palmiers qui essaient de coiffer les dunes de sable blanc.

Le ciel est d'un bleu éclatant, rehaussé de cumulus blancs qui annoncent une pluie attendue mais qui n'arrive jamais. Nous sommes en effet à la saison des pluies, et cela fait bien trois semaines qu'aucune goutte d'eau ne tombe sur le littoral ou l'intérieur des terres... sécheresse? Changements climatiques? Cela n'empêche nullement les responsables de la pousada d'arroser en pleine journée la pelouse (oh oui! Ils l'ont fait!) qu'ils essaient de maintenir à l'abri du sable derrière un haut mur d'enceinte... hum.

Le lieu est un minuscule village de pêcheur aux maisons disséminées le long de la plage et dans les dunes blanches. Une unique route goudronnée (exceptionnel par ici !) s'arrête non loin du bord de mer. Des Jangadas, barques des pêcheurs, attendent sur la grève les vents favorables du matin pour se lancer à l'assaut des vagues et revenir avec les filets chargés de poissons. Ce sont ceux là que l'on nous sert le soir ou le midi, grillés ou cuisinés dans des plats en terre au four (moqueca).

Nous sommes les uniques touristes, à l'exception de ce couple d'allemands arrivés quelques heures avant nous. Cela change vraiment de Jéri et sa cohorte de visiteurs de tout horizon ! Bon, mais... Les gens sont vraiment simples, sympas et souriants, rien à dire, comme nous pouvons le constater dès le lendemain (enfin, sauf quand il s'agit de négocier le prix d'une location de maison...). L'ambiance est tranquille, seulement le bruit des vagues qui s'écrasent à 50m de notre chambre et du vent dans les palmes. Même pas un vrai portail fermé ni rien au dessus des murs pour empêcher les intrus (comme ça se fait habituellement au brésil : tessons, barbelés, pics en ferraille...) Seulement, pas beaucoup de facilités : deux minuscules mercadinhos peu approvisionnés (pas de couches de bonne qualité et plus un légume!), pas de cuisine à dispo, ni laverie, ni internet... Mais une piscine et un salon télé! Content le Loulou...

Pas grand chose à faire, enfin avec un bébé; baignades, marches dans les dunes (wai, faut encore le porter ! Grrr! Pis, il fait pas semblant de faire chaud ici!! le sable, même blanc est brûlant dès 10h du matin...) , balades en jangadas ou buggy (« bébo » dit Loulou !). Mais on arrive en fin de budget. Et la pousada n'est pas très bon marché. On ne pense donc pas rester très longtemps...

A noter que ce petit village résiste aux assauts des investisseurs étrangers et reste donc volontairement en marge du grand tourisme, mais a développé une vie communautaire pour préserver leur environnement (reconnu comme un parc naturel à protéger), accueillir les curieux (possibilité d'aller chez l'habitant, à la pêche avec les hommes, etc...) vendre les produits des habitants, comme ces « labirintos » que font les femmes ici: tissu tendu sur un cadre dont elles coupent certains fils pour l'ajourer puis rebrodent par dessus pour décorer...Un mois pour faire une moyenne pièce à raison de 6 h par jour !

 

 

 

Puisque la médecine ne vient à nous, allons vers la médecine ! Merci JP pour le rappel !

Il y a deux nuits, nous étions dans un tout petit village traditionnel de pêcheurs brésiliens, toujours dans le Céara, loin des hordes de touristes et surfers. En fait, on était les seuls touristes avec un couple de médecins allemands. Le coin rêvé pour une cérémonie intimiste.

A la nuit tombée, sous les myriades d'étoiles étincelantes, nous avons gagné le bord de mer avec Xavier (Loulou dormant dans la chambre de la pousada, à peine à 200m de la plage). Pas un chat (euh...quoi que...), le vent qui claque dans les voiles des jagandas toutes proches, la mer qui rugit... Bon, allumer la pocket cenupa de xavier avec ce zef s'avère des plus difficile ! Il tourne le dos au vent et à la mer, et finalement, je me mets derrière lui en ouvrant mes bras et imaginant une bulle de protection pour notre ami l'esprit du feu. Et voilà ! Le tabac rougeoie dans le foyer... Je m'assieds face à xavier. Il commence à fumer et faire ses prières silencieuses, puis me passe sa pipe. Je lance alors une prière à toutes les médecines et leur savoir, et demande leur accompagnement sur notre chemin à partir de ce jour. Xavier reprend sa mini cenupa et lance une prière à l'intention du ciel et de la terre, afin de demander la pluie sur ces terres trop arides pour la saison (on est en saison des pluies et il n'a pas plu significativement depuis deux mois !). Je fais de même quand le tabac me revient, et il termine là de se consumer. Nous confions les cendres au sable.

Je reste encore un moment sous la voie lactée, le spectacle est trop beau et grandiose...

Ce matin, deux jours plus tard, je me réveille de bonne heure (vers 6h) avec le bruit... des gouttes d'eau qui martellent notre perron! La pluie est là, et tombe une bonne heure, puis encore plus tard en fin de matinée.Le ciel est resté couvert, le vent s'est calmé (gage de pluie). Merci grand père Tabac! Que ta volonté soit faite...

 

 

Il y a une anecdote que l'on a complètement oublié de raconter avec xavier, qui s'est produite quelques jours avant la cérémonie Santo Daime. Nous étions donc à Capao, cette vallée au coeur de la chapada Diamantina (lieu magique il faut le dire). On rendait visite à une amie de voyage française, dans la petite maison qu'elle louait à l'écart du « centre » du village. L'heure de la sieste arrive. Xavier s'endort brutalement sur un matelas, je rentre aussi pour m'allonger et « sens » une odeur, là, dans l'entrée, forte, pénétrante, écourante quand même... Ce n'est pas la sauge que Charlotte a brûlé pour nettoyer la maison. Cela me dit quelque chose, mais je suis vraiment fatiguée, et je vais m'allonger. Je n'arrive pas à bien dormir, gênée ... Xavier se réveille,après une sieste étrange, et puis on se fait tous les deux la remarque sur cette odeur que notre amie ne sent pas du tout ! Et tout à coup, on réalise que c'est lodeur du tabac, du tabac macéré que Georges utilise en cérémonie, du tabac d'amazonie pour le « grand nettoyage ». Là, on est vraiment sidéré ! Il n'y a évidemment pas de tabac dans la maison. Notre amie ne le sent toujours pas, mais rit beaucoup en disant que ces lieux sont chargés positivement. Voilà, Bom Padre tabac était là, nous l'avions appelé dans nos coeurs, trouvant « dommage » de ne pas faire un jeune au tabac avant de prendre l'ayahuasca. Merci magique médecine ! (nb : l'odeur avait complètement disparu à notre visite suivante... ;p)